CENEAP, 27 octobre 2011

(S Y N T H E S E)

 

 
     
 
+ Communication de M; El Hadi MAKBOUL, DG du CENEAP
 
     
 

PROBLEMATIQUE DES ZONES HUMIDES

Une zone humide, dénomination dérivant du terme anglais wetland, est une région où le principal facteur d'influence du biotope et de sa biocénose est l'eau. On distingue généralement les zones humides côtières et marines différenciées par la proximité de la mer plus que par la salinité.

Les zones humides se rencontrent partout, sous tous les climats et dans tous les pays, sauf dans l'Antarctique . Elles sont estimées couvrir entre 0,75 et 1,3 milliard d'hectares dans le monde entier. Le rôle et les valeurs des zones humides ont été reconnus en 1971 au niveau international par la convention de Ramsar dont l'Algérie est signataire.

Faisant partie des écosystèmes les plus riches du monde, les zones humides sont d'une valeur exceptionnelle. Dans la région méditerranéenne se rencontre un large éventail de zones humides, les plus communes étant les lacs, les réservoirs, les fleuves, les deltas, les lagunes, les garaet, les chotts. Elles hébergent des concentrations élevées d'espèces d'oiseaux, de mammifères, de reptiles, d'amphibiens, de poissons et d'invertébrés, dont beaucoup sont endémiques à la région. Les zones humides sont importantes pour les populations humaines qui bénéficient directement de leurs ressources (récolte de la végétation, de poisson et de gibier, irrigation, agriculture de berge, etc), mais aussi indirectement grâce aux multiples fonctions et services que les zones humides offrent quotidiennement (protection contre les inondations et les sécheresses, recharge des nappes phréatiques, épuration de l'eau, etc). Les zones humides sont les écosystèmes qui contribuent le plus à la subsistance humaine et au développement. Bien qu'elles ne couvrent qu'environ 1,5 à 3% de la surface de la Terre , elles représentent 45% des services écologiques évalués.

Malheureusement, en dépit des progrès significatifs ces dernières décennies, les zones humides sont toujours trop souvent considérées comme des « terres inutiles », au lieu d'être perçues comme des zones riches et essentielles à la survie humaine. Malgré des décennies d'actions pour leur conservation par les ONG et les gouvernements, notamment dans le cadre de la Convention relative aux zones humides d'importance internationale (Ramsar, Iran, 1971), les zones humides continuent à disparaître plus rapidement que les autres écosystèmes.

Avec environ 18,5 millions d'hectares de zones humides, la région méditerranéenne accueille entre 1% et 2% des zones humides du monde. Elle a perdu environ 50% des zones humides qui existaient en 1900. Ces pertes continuent encore aujourd'hui, même si dans même temps il y a une augmentation des zones humides artificielles comme les réservoirs.

De tout temps, les zones humides, patrimoine en danger, ont attiré les populations. En effet, la majeure partie de l'humanité vit encore près des côtes ou des fleuves et l'eau est omniprésente dans les traditions culturelles et sociales.

Du fait de leur productivité considérable, elles ont longtemps été considérées comme des ressources intarissables et également souvent comme des zones insalubres et pestilentielles ! Ces zones qui abritent des écosystèmes fragiles connaissent une dégradation accentuée par l'être humain, du fait de l'industrialisation, de la pollution, et de l'urbanisation qui n'ont cessé de réduire la superficie des zones humides.

La restauration, la protection et la gestion et utilisation rationnelle de ces zones très riches mais sensibles, en conciliant les activités sociales et économiques avec le maintien durable des équilibres naturels n'est pas une utopie écologiste : c'est un devoir civique dans l'intérêt de tous et des générations à venir, ce que consacrent la convention de Ramsar.

Ce sont des écosystèmes à la fois beaucoup plus productifs et menacés que la plupart des autres. Ils rendent de nombreux services environnementaux et écologiques: pêcheries, source d'eau douce, assainissement des eaux souillées, régulation du climat, prévention des inondations, tourisme, loisirs… Et subissent de nombreuses agressions: assèchement, surexploitation, invasions d'espèces exogènes, pertes de biodiversité, urbanisation, pollutions multiples. Au cours du XXe siècle, 50% des zones humides ont disparu, avec des conséquences parfois lourdes pour les populations vivant dans ces secteurs: ressources alimentaires menacées, pertes de revenus, dégradations de conditions de vie...

Pourtant, une volonté de désigner les zones humides méditerranéennes comme « protégées » est évidente dans la région : la superficie des sites Ramsar et des zones humides protégées par les lois nationales sont en hausse dans la plupart des pays. Depuis qu'elle a été signée en 1971, la convention de Ramsar a entraîné la désignation de 344 sites Ramsar dans les pays méditerranéens, qui totalisent maintenant 6 millions ha. En Méditerranée, l'Algérie a désigné depuis 2002 de nombreux très grands sites Ramsar. L'exemple a rapidement été suivi par le Maroc et la Tunisie.

Le territoire d'El Kala a lui seul compte 6 zones humides Ramsar et il est reconnu par l'UNESCO comme réserve de Biosphère. Ce territoire naturel a pu être préservé et bénéficie d'un atout que de nombreux pays de la méditerranée et territoires nationaux ont perdu et nous envient : un paysage esthétique, une biodiversité, des ressources naturelles qui représentent l'un des joyaux de la région. Cet avantage, c'est le capital de bien être pour nous, nos enfants et les futures générations. Protéger ce capital, c'est protéger les ressources des populations pour un développement social et économique durable. De nombreux acteurs locaux travaillent dans cet objectif. L'étude actuelle pour un nouveau zonage suit ce même objectif. Il est important que cet effort dans le cadre du parc soit partagé par les populations, les autorités locales et centrales, les secteurs techniques et le privé pour une vision commune.

LE CAS DU PARC NATIONAL D'EL KALA

La création du Parc national d'El-Kala (PNEK) (décret du 23 juillet 1983) « répondait à la nécessité d'un besoin de préserver un riche patrimoine écologique composé d'une mosaïque d'écosystèmes terrestres et lacustres d'une grande diversité faunistique et floristique ».

Le décret 83-458 du 23 juillet 1983 fixe le statut type des Parcs nationaux et précise leur organisation, leur rôle et l'éventail de classes de leur zonage. Dans ce cadre, un arrêté ministériel du 25 avril 1987, conformément au statut type ci-dessus, fixe pour le Parc national d'El-Kala, le zonage et les modalités d'intervention dans le territoire classé.

« En raison de la richesse de ses écosystèmes il a été déclaré apte à servir de système de référence quant au suivi des modifications d'ordre naturel ou anthropique qui affectent les milieux naturels mondiaux et à ce titre, il a été classé par l'UNESCO le 17 décembre 1990 comme réserve de la biosphère », devenant par là même un site mondial d'observation et un patrimoine de l'humanité.

L'historique de la conservation du site montre l'intérêt porté à l'extension du Parc National d'El Kala à la partie marine qui s'est traduit par la réalisation de plusieurs travaux et études visant à valider cette extension.

Ainsi, deux études majeures ont été réalisées dans ce sens :

1. Les travaux d'Ecovalor-AIC (1996) menés dans le cadre d'une étude du milieu marin de la région d'El Kala dont l'un des objectifs est l'extension du Parc au domaine marin c'est-à-dire la création d'une aire marine protégée ou un Parc marin.

2. Les travaux de MedMPA (2004) visant également à produire les justificatifs scientifiques du projet d'extension du Parc National d'El Kala au domaine marin, des travaux préliminaires de prospection de la zone littorale (jusqu'à 65 m de profondeur) et en plongée ainsi que des observations à pied de la bande littorale ont été menés pour une première évaluation de la biodiversité marine. Ces travaux se sont surtout focalisés sur l'inventaire de la flore, des poissons, de la faune fragile des substrats meubles et durs ainsi que sur l'inventaire des espèces animales sessiles des substrats durs.

Le parc d'El Kala, qui est le plus grand des 08 Parcs nationaux du Nord, couvre une superficie de 78.600 hectares et abrite une population d'environ 77.000 habitants.

L'intégralité du Parc qui se trouve à l'intérieur des limites administratives de la wilaya d'El-Tarf, s'étend sur 04 Daïrates (El-Kala, El-Tarf, Bouteldja, Ben Mhidi), et empiète sur 09 communes.

Une personne sur trois de la wilaya d'El Tarf est localisée dans une des deux communes littorales de la wilaya, soit 36.584 habitants (28.86%). Les deux communes en question (El Kala et Souarekh) couvrent 31.14% de la surface totale de la wilaya.

Selon Homewood (1993), la population des communes actuelles du PNEK a triplé entre 1856 et 1955 ; durant cette période elle est passée de 11.299 à 37.351 habitants. La population de ces communes était estimée en 1987 à 80.000 habitants, à 122.000 habitants en 2003 pour atteindre en 2008, 126.743 habitants. Il s'agit ici de la totalité de la population des communes dans l'intégralité de leur superficie. Sur ce nombre la population vivant sur le territoire du Parc ne compte effectivement que 77.000 Habitants.

En 2003, la population dans la plupart des communes du PNEK était majoritairement urbaine, à environ 52 %. 45% de la population de la wilaya est âgée de moins de 20 ans ce qui représente un grand défi pour l'avenir. Cette population croissante est un facteur de premier ordre qui devra être considéré dans la gestion du PNEK. En termes de densité, El Kala et Souarekh avec respectivement 85.9 et 32.4 Hab. /km2 se classent en 2ème et 3ème position après Echatt qui compte en moyenne 689.3 Hab. /km2.

Cette pression de la population sans cesse grandissante sur la zone littorale s'explique par la proximité du port, les activités et les commodités qu'offre l'espace littoral en termes de développement socio-économique. Il faut surtout noter que la densité des agglomérations a sextuplé entre 1978 et 1998. Occupée par une population entièrement rurale jusqu'à la fin des années soixante, la wilaya d'El Tarf a vu l'émergence à partir de 1975 de l'agglomération urbaine d'El Kala après la promotion d'El Tarf au rang de wilaya.

L'urbanisation de la zone littorale même si elle n'atteint pas les seuils inquiétants des autres segments de la côte algérienne a eu pour effet immédiat l'augmentation des rejets liquides directement en mer sans traitement préalable. Cette situation, eu égard, au développement annoncé dans la zone, fait craindre des effets négatifs sur les ressources naturelles. Les eaux usées des communes littorales d'El Tarf se déversent entièrement dans le complexe de zones humides (El Tarf, Ain Assel, Ben M'Hidi, Echatt, El Kala, Souarekh, Ramel Souk, Bouteldja) ou dans les oueds (El Tarf, Berrihane, Echatt, Bouteldja) ou directement en mer pour la commune d'El Kala. Les 9 communes en question rejettent près de 6.893 m 3 /j. soit un volume annuel de 2.515.945 m 3 .

En dépit des agressions relevées (impacts principalement anthropiques sur l'espace), il y a lieu de noter que la richesse faunistique et floristique du PNEK (inventaires du PNEK 2006) ainsi que ses valeurs patrimoniales, culturelles et historiques ne semblent pas atteintes de manière irréversible.

En effet l'originalité du parc reste affirmée dans la mesure où les résultats des études révèlent de nouvelles richesses faunistiques, floristiques, historiques et culturelles avec toutefois une régression biologique au niveau des lacs.

Ce jugement relativement positif doit être mis à profit par l'administration du Parc et tous les acteurs locaux, s'appuyant sur les recommandations de NAGOYA (Japon 2010) pour asseoir une stratégie efficace de gestion, de protection et de valorisation de ce territoire classé comme patrimoine mondial.

COMMUNICATION DU DOCTEUR Laurent CHAZEE

Cette journée d'étude sera rehaussée par la Communication du Docteur Laurent Chazée, Coordinateur de l'Observatoire des zones humides méditerranéennes - La tour du Valat, France qui aura pour thème « Etat et tendances des zones humides en Méditerranée. Résultats 2011 de l'Observatoire des zones humides méditerranéennes. Atouts et défis pour El Kala » et qui s'articulera autour des points suivants :

 

  • Les zones humides méditerranéennes et les défis, l'initiative Observatoire des zones humides (MedWet/Ramsar) ;
  • Les résultats d'état et de tendances 2011 ;
  • Les principales causes de changement ;
  • Les pressions principales sur les zones humides ;
  • Les impacts ;
  • Les réponses ;
  • Les messages clés pour les décideurs ;
  • Dans le contexte méditerranéen, atouts, défis et solutions possibles pour le Parc d'El Kala.